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La cartouche de 13 mm pour fusil Tankgewehr antichar allemand de 1918 : Un sacré calibre !

27 août 2008

Etui de la cartouche 13 mm de fouille pour fusil Tankgewehr antichar allemand de 1918

Etui de la munition Tankgewehr calibre 13 mm pour l’énorme fusil antichar allemand de 1918 (cartouche appelée aussi T-Patrone ou Tank-Patrone 18). Exemplaire trouvé en fouille et cédé par un ami, Dominique (detection08), que je remercie car pas évident à découvrir cette munition qui ne court pas les bois ;-). Il n’a pas été percuté (voir détails du culot ci-après) mais vidé « sauvagement » sur le terrain en arrachant la balle (sans doute pour récupérer la poudre – charge de 13 gr de nitrocellulose). On voit bien sur la photo le haut de l’étui malheureusement déformé par une brute…

Etui de la cartouche 13 mm de fouille pour fusil Tankgewehr antichar allemand de 1918

C’est un gros étui en laiton avec gorge et bourrelet (environ hauteur 9,1 cm & diamètre au culot 2,3 cm). Ce bourrelet combiné avec une gorge met en évidence une volonté de solidité maximale (un étui à gorge simple pouvait se rompre plus facilement). De plus, la forte conicité de l’étui, soit le choix d’un long épaulement fuyant, indique également la volonté d’éviter tout incident de tir (risque d’extraction difficile dans le cas d’un épaulement trop affirmé).

De telles options (forte conicité de l’étui et culot « semi-rim« ) réduisaient donc au maximum les problèmes et convenaient parfaitement à une arme à un coup. Leur présence semble toutefois curieuse pour une cartouche destinée ultérieurement à une arme automatique (la mitrailleuse « TuF » (« Tank und Flieger  » – contre les avions et les blindés)  qui allait être mise en service quand survint l’armistice)… Cela témoigne vraisemblablement de l’empressement avec lequel cette munition fut élaborée, qui pourrait justifier ce maximum de sécurité, ce qui (dans cette hypothèse) tendrait à montrer que cette cartouche n’en était seulement qu’à un stade avancé de sa mise au point lorsqu’elle fut adoptée dans l’urgence de la situation.

Marquages sur culot de l’étui de Tankgewehr allemand 1918

Vue détaillée du culot de cet étui de 13 mm Tankgewehr allemand de 1918 (photo précédente) fabriqué par Polte : La lettre « P » pour la cartoucherie « Polte Armaturen und Maschinenfabrik » à Magdeburg / Magdebourg (Saxe-Anhalt) ; le « 18 » pour l’année de fabrication ; « T67 » signifie « T » pour « Tank Hülse » (douille antichar) et « 67 » correspond au type d’alliage de l’étui (soit la teneur en cuivre (Kupfer) du laiton (Messing) = 67%) ; enfin le « 6 » (et non « 9 » en lecture inversée) est le numéro du lot qui correspond aussi pour cette munition au mois de l’année (donc ici juin 1918).

Marquages sur culot de l\'étui Tankgewehr allemand 1918

Inventaire des n° de lots portés à ma connaissance : 4 (avril restant à ce jour le lot le plus précoce), 6, 7, 8, 9 et même 11 (voir photo ci-dessous). Connait-on des cartouches datées de mai et octobre 1918 ? Toutes les cartouches ont été fabriquées par Polte Arsenal à Magdebourg.

Voici justement une photo de culots de cette même munition datés d’avril et novembre 1918 (remarquez la frappe inversée du « T67 » sur ce modèle précoce d’avril). Merci à Freddy pour sa contribution. On ne pouvait trouver mieux en effet comme fourchette d’utilisation du Tankgewehr par l’armée allemande !

Culots munition Tankgewehr datés avril et novembre 1918

Culots munition Tankgewehr datés avril et novembre 1918

Je vous renvoie au site très intéressant d’armeetpassion sur cette munition (documentation et photos). Tout complément d’info bienvenu et notamment si vous connaissez d’autres numéros de lot pour cette munition, en particulier une date précoce (comme avant avril si cela existe ?)

Comparaison entre les munitions allemandes 7,92 mm Mauser et Tankgewehr 13 mm

Cette photo vue sur l’intéressant site d’armeetpassion permet de comparer la classique balle ou ogive de 7,92 mm du fusil Mauser avec celle vraiment impressionnante du Tankgewehr de 13 mm (calibre théorique 13 mm, calibre maximum 13,35 mm).

munitions allemandes 7,92 mm Mauser et Tankgewehr 13 mm

Le diamètre de ce dernier projectile bi-ogival pointu fait exactement 13,25 mm. Il pèse 62,5 gr (ou 52,5 gr selon les sources). Il est constitué d’un noyau en acier au tungstène (poids 32 gr) entouré de plomb et chemisé d’une enveloppe en tombac. Propulsée à 790 mètres par seconde (ou 785 m/s selon les sources), cette balle était capable de percer 22 mm d’acier du meilleur blindage à 100 mètres (!) et même 25 mm d’acier à 10 m (mais qui tirerait à cette distance ?). Les sources divergent sur les chiffres cités de perforation de blindage entre 100 et 250 mètres de distance, sans oublier le facteur capital qui est l’angle d’impact de la balle (résultats donnés pour un tir sous un angle de 90°).

On imagine aisément les nerfs « d’acier » justement qu’il fallait au tireur pour laisser s’approcher les monstres à chenilles aussi près avant de faire feu !

Coupe de la balle antichar Tankgewehr de 13 mm

Coupe de la balle antichar Tankgewehr de 13 mm :

1 . Vide entre le noyau d’acier et la coiffe de plomb.

2 . Coiffe de plomb (pour éviter les ricochets).

3 . Enveloppe externe (Tombac).

4 . Noyau d’acier

Cartouche de 13 mm pour fusil allemand Tankgewehr 1918

Voici un bel exemplaire bien conservé de cette munition antichar de 13 mm pour le fameux fusil Tankgewehr allemand de 1918. Longueur totale 132,90 mm & poids 118 gr (ou plus précisément 117,4 gr ou 117,5 gr selon les sources). Photo diffusée sur internet (source inconnue) pour mieux illustrer les vues précédentes (j’espère en sortir une un jour en fouilles ;-).

cartouche Tankgewehr 13 mm

Voyez sur le site d’armeetpassion cet incroyable fusil surdimensionné (1,70 m de long pour un poids de 16,5 kg !) et sa munition ; ainsi qu’un bel exemplaire de cartouche complète sur le blog de notre ami landser.

Quand on considère la taille de la munition et le fait que le fusil n’avait même pas de plaque de couche pour amortir le recul (simple plaque de métal), il fallait vraiment avoir des « c… » pour risquer sa clavicule en tirant avec un tel engin !

L’utilisation du fusil antichar par le binôme Tankgewehr 18

L’utilisation du fusil antichar Tankgewehr 18 était assurée par un binôme de tireurs confirmés, composé d’un tireur (Schütze) assisté de son second, à la fois pourvoyeur, protecteur et tireur de remplacement (Reserveschütze). Le tireur portait le fusil à l’aide d’une courroie de transport et était pourvu d’une cartouchière contenant 20 coups, ainsi qu’une trousse à outils, poche ou sac d’accessoires comprenant une baguette de nettoyage en 3 parties, un maillet en bois, un percuteur de rechange, une burette ou boîte à graisse et de l’étoupe. Le tir se faisait en position du tireur couché, le recul devenant rapidement insupportable (exception faite de tireurs vus debouts dans une tranchée, en appui sur le parapet), d’où l’intérêt de se relayer au sein du binôme.

Son second ou pourvoyeur transportait 112 cartouches supplémentaires (soit plus de 13 kg !)  en deux cartouchières de 20 cartouches chacune + une caissette portée en bandouillière contenant 72 cartouches (ce qui fait un total de 132 coup pour la pièce portés par le binôme !)  Son rôle pendant le combat se limitait à celui d’observateur tout en assurant la protection rapprochée du tireur, le remplaçant au besoin. Dans la pratique, compte tenu du poids de l’ensemble et de la rareté des munitions (pénurie notamment du tungstèneWolfram – dans l’industrie allemande), ce binôme antichar en emmenait bien moins.

Comparaison des deux munitions perforantes allemandes de la Grande Guerre

Comparaison des deux munitions perforantes allemandes de la Grande Guerre : La cartouche de 13 mm Tankgewehr (Polte Arsenal, Magdeburg) et la cartouche Mauser de 7,92 mm (Arsenal de Spandau, juillet 1917) à balle « K » (pour « Kern« , à noyau d’acier). Le contraste de taille entre les deux ogives est saisissant !

Infos complémentaires et photos de ces cartouchière, trousse, poche ou sac, accessoires,  caissette ou caisse à munitions (etc) sont les bienvenues.

Sources :

« LE TANKGEWEHR 18 » article de Jean-Jacques Dubois dans le N° 29 de CIBLES, la revue des armes & du tir (octobre-novembre 1971), pages 280-282.

« Le TankGewehr 18 » article de Martin Ehretsmann (photos du Musée de Rastatt et de l’auteur) dans le N° 182 de la Gazette des armes (octobre 1988), pages 56-61.

Filed under: Blindés - chars - tanks - Panzerwagen, Cartouches | Comments (12)

12 Comments

  1. Luc 8 janvier 2009 @ 15:19

    Bonjour,
    je suis en possession d une cartouche entière de mon grand pére

    P T67 18 7

    Qui correspond au mois de Juillet 1918

    tout a fait la même image de :

    Cartouche de 13 mm pour fusil allemand Tankgewehr 1918

  2. jerome 3 avril 2009 @ 13:06

    Bonjour, j’ai en ma possession une balle percutée pour fusil. Ses chiffres sont 18 Tsa 3 AR t. ça veux dire quoi ? Merci
    ———————————————————————————————-
    Bonjour Jérôme,
    Merci de votre visite. De quelle cartouche s’agit-il ? Cdlmt, Alain

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    Bien reçu les images. Il s’agit d’un étui de cartouche de fusil français GRAS calibre 11 mm (fusil d’infanterie modèle 1874, modifié en 1880). Ce fusil a fait une très longue carrière. Conservé comme armement de réserve, en 1914 il arme une partie des troupes territoriales et certains de ses éléments seront utilisés pour la réalisation d’engins de tranchées, comme la Bombarde et le fusil-signaleur Chobert. D’ailleurs je recherche cette cartouche en version « feuillette » utilisée dans un lance-grenades en 14-18 si vous en croisez une.

    Les lettres au culot « ART » signifient « Artillerie » (figure sur la plupart des munitions d’armes portatives militaires françaises jusqu’en 1915). TSA correspondrait au code de fabrication de l’Atelier de Construction de Tarbes (fabrication de cette munition). La photo étant un peu floue pour distinguer les marquages, il semblerait plutôt que les chiffres « 18 » et « 3 » soient en fait « 3 » – « 81 » (en tournant l’étui d’un demi-tour) et correspondent au 3e trimestre 1881 car une fabrication fin 1918 me surprendrait (sous réserves). Je vous invite à consulter l’excellent site d’Armes et passion (voyez section cartouches – 11 mm Gras) à cette adresse : http://www.armeetpassion.com/sommaire.html. Qu’en pensez-vous ? Très Cdlmt, Alain (Sturmpionier)

  3. andre 27 mai 2010 @ 21:18

    Bonjour, ton site est très intructif. Je suis en possession d’une cartouche entière que j’ai trouvée (D-T67.18-9). Je suis de Belgique.

    Réponse de Sturmpionier :
    Merci André pour cette visite sympa et contribution aux dates de fabrication de cette cartouche. Au lieu de la lettre « D », il devrait plutôt s’agir du code du fabricant « P » pour Polte (marquages peu visibles ?) Sinon, une photo de ce culot est souhaitée car voici une info surprenante. Cordialement,
    Alain

  4. Francois-Louis 17 janvier 2012 @ 4:30

    J’ai moi aussi une douille de Tankgewehr 1918 datée juillet ou septembre 1918… J’ai aussi le fusil lui même mais il me manque l’ensemble du verrou et la mire arrière pour le mettre en état de tir. Et des munitions bien sûr!

    Il y aurait une firme autrichienne qui parait-il fabriquerait des douilles et projectiles en ce calibre mais je n’ai jamais obtenu réponse de leur part…

    Il va sans dire que je suis à la recherche d’un verrou en n’importe quel état ainsi qu’une glissière de mire arrière pour mon T-Gewehr… La mire est la même que sur la mitrailleuse MG 08/15 sauf pour les marquage de portée.

  5. rené 22 octobre 2012 @ 18:00

    bonjour, j’ai en ma possession une cartouche entière P T67 18 4. cordialement

  6. SIROT 4 novembre 2012 @ 18:00

    Bonjour,
    Pourriez vous m’indiquer le cote d’une cartouche de Tankgewehr en parfait état ? Cordialement

    (réponse de Sturmpionier)
    Aucune idée de la valeur de cette cartouche mais j’aimerais bien en trouver une ;) !

  7. PEIFFER 9 mai 2014 @ 12:02

    BJR
    MTN EN BECHANT A HAUTEUR DU PONT DE BURHAIMONT A BERTRIX JE VIENT DE TROUVER P T67 18 6
    BONNE JOURNEE

  8. guy 9 juin 2015 @ 23:53

    J’ai une P T67 18 7 de tankgeweer.
    Vue de l’extérieur elle est complète, mais la douille est vide de même que l’ogive dont le noyau a été enlevé (reste la chemise sur la douille)par je ne sais quel procédé.
    Etait-il facile de retirer le noyau de tungstène sans abîmer la chemise ?

  9. MORGANTI 5 septembre 2015 @ 16:17

    Je suis en possession d’une cartouche entière que j’ai trouvée dans un atelier d’une vieille maison P T67 18 8

  10. Sturmpionier 21 octobre 2015 @ 10:52

    En réponse à Guy concernant l’ogive de Tankgewehr évidée :
    Curieux en effet… Aucune idée du procédé utilisé. Si vous en trouvez d’autres complètes pensez à moi :-)

  11. Sturmpionier 21 octobre 2015 @ 10:55

    En réponse à MORGANTI :
    Belle trouvaille !

  12. Franz 18 décembre 2015 @ 15:02

    Combien peux valoir un tel fusil en très bonne état de conservation

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